Datacentres et pénurie d'eau : le défi caché de l'ère numérique

Face à la sécheresse, les datacentres doivent repenser leur refroidissement : entre évaporation gourmande en eau et circuits fermés énergivores, chaque choix climatique a un coût. Jusqu'où peut-on vraiment s'en passer ?

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Datacentres et pénurie d'eau : le défi caché de l'ère numérique

Les datacentres face à la pénurie d'eau : quels usages, quelles limites ?

Un datacentre peut-il fonctionner sans eau ? La question n'est plus théorique. Dans plusieurs régions du monde, les opérateurs de centres de données doivent désormais composer avec des restrictions d'usage, des sécheresses répétées et une pression croissante des collectivités locales sur leur consommation. Pour comprendre le problème, il faut examiner précisément à quoi sert l'eau dans ces infrastructures et pourquoi il est si difficile de s'en passer totalement.

Le refroidissement, premier poste de consommation

L'essentiel de l'eau utilisée par un datacentre ne sert pas aux besoins sanitaires ou domestiques des employés. Elle est destinée au refroidissement des équipements informatiques. Les serveurs, en calculant, produisent une chaleur considérable. Si celle-ci n'est pas évacuée, les composants atteignent rapidement des températures critiques et tombent en panne.

Plusieurs techniques existent. La plus gourmande en eau est le refroidissement par évaporation, souvent appelé "cooling adiabatique". Le principe consiste à faire passer l'air chaud des salles sur des panneaux humidifiés. L'évaporation de l'eau absorbe la chaleur et abaisse la température de l'air, qui est ensuite renvoyé vers les serveurs. Ce système est efficace dans les climats secs et chauds, mais il consomme des volumes d'eau importants, car une partie du liquide s'échappe en vapeur. À consulter également : www.amenaburo.com.

À l'inverse, les circuits fermés avec groupes froids électriques, ou "dry coolers", n'évaporent pas d'eau. Ils utilisent un fluide réfrigérant qui circule en boucle et rejette la chaleur dans l'air ambiant via des radiateurs. Cette méthode est moins dépendante de la ressource en eau, mais elle est plus énergivore, car elle nécessite des compresseurs électriques pour refroidir le fluide. Le choix d'une technique plutôt qu'une autre dépend donc du climat local, du coût de l'électricité et de la disponibilité en eau.

Une dépendance qui varie selon la localisation

Tous les datacentres ne sont pas égaux face à la ressource en eau. Un site implanté en Irlande, où le climat est frais et humide, peut utiliser de l'air extérieur pour refroidir les serveurs une grande partie de l'année, sans presque toucher à l'eau. En revanche, un datacentre situé en Arizona ou dans le sud de l'Espagne, où les températures estivales dépassent régulièrement 40°C, devra recourir massivement à l'évaporation pour maintenir des conditions de fonctionnement acceptables.

Cette disparité géographique explique pourquoi les grands opérateurs communiquent désormais sur des indicateurs spécifiques, comme le "Water Usage Effectiveness" (WUE), qui mesure la quantité d'eau consommée par kilowattheure d'énergie informatique produite. Mais cet indicateur a ses limites. Il ne dit rien de la provenance de l'eau ni de la pression locale sur les nappes phréatiques. Un datacentre avec un bon WUE dans une région déjà en stress hydrique peut avoir un impact environnemental plus lourd qu'un site moins efficace situé dans une zone où l'eau est abondante.

Par ailleurs, la consommation d'eau ne se limite pas au refroidissement direct. La production d'électricité qui alimente le datacentre, qu'elle soit nucléaire, thermique ou hydraulique, nécessite elle aussi des quantités d'eau importantes. En incluant ce "cycle indirect", l'empreinte hydrique totale d'un centre de données peut être nettement supérieure à sa consommation directe sur site.

Les stratégies de réduction et leurs obstacles

Face à ces contraintes, les opérateurs déploient plusieurs stratégies. La première consiste à augmenter la température de fonctionnement des salles. Les équipements récents tolèrent des températures d'air plus élevées, ce qui réduit le besoin de refroidissement actif. Certains sites fonctionnent ainsi avec une température d'air entrant de 27°C au lieu de 22°C, ce qui diminue la consommation d'eau et d'électricité.

Une autre piste est l'utilisation d'eaux non potables. Certains datacentres sont raccordés à des réseaux d'eaux grises ou à des stations d'épuration voisines. L'eau traitée mais non potable est alors utilisée pour les tours de refroidissement. Cette solution présente toutefois des limites techniques : elle nécessite des traitements supplémentaires pour éviter la corrosion ou le développement de bactéries dans les circuits, et elle dépend de la proximité d'une source d'approvisionnement adaptée.

Enfin, la récupération de la chaleur produite par les serveurs est parfois envisagée. Plutôt que de la dissiper, certains projets l'injectent dans des réseaux de chauffage urbain. Cette approche ne réduit pas directement la consommation d'eau du datacentre, mais elle améliore le bilan global de l'installation en valorisant une énergie qui serait autrement perdue. Son déploiement reste marginal, car il implique une proximité géographique avec des bâtiments à chauffer et des investissements dans des échangeurs thermiques coûteux.

Les limites techniques et économiques des alternatives

Le passage à un fonctionnement "zéro eau" pour le refroidissement est techniquement possible dans la plupart des climats, mais il se heurte à un arbitrage économique défavorable. Les systèmes à compression électrique consomment davantage d'électricité. Or, dans de nombreux pays, le coût du mégawattheure a fortement augmenté. L'économie d'eau réalisée se traduit alors par une hausse significative de la facture énergétique, ce que peu d'opérateurs acceptent sans contrainte réglementaire.

Il existe aussi des limites physiques. Dans les régions très chaudes, un système à air sec doit évacuer une quantité de chaleur d'autant plus grande que l'écart entre la température extérieure et celle des serveurs est faible. Pour compenser, il faut soit augmenter la surface des radiateurs, soit accepter des températures de fonctionnement plus élevées, ce qui peut réduire la durée de vie des équipements. Les gains potentiels sont donc bornés par la thermodynamique et par les spécifications des fabricants de serveurs.

Enfin, la question de l'eau ne se résout pas uniquement à l'échelle du bâtiment. Les datacentres sont souvent regroupés dans des zones d'activité dédiées, partageant les mêmes infrastructures électriques et hydrauliques. Une pénurie locale peut ainsi toucher simultanément plusieurs installations, rendant caduque toute solution individuelle. Les collectivités territoriales commencent à intégrer cette dimension dans leurs plans d'urbanisme, en conditionnant parfois les autorisations de construire à la démonstration d'une stratégie de gestion de l'eau sur l'ensemble du parc.

Amandine Marchand

Amandine Marchand

Amandine Marchand est une ethnobotaniste et conteuse dont les travaux se nourrissent des rituels et croyances locales qu'elle recueille lors de ses immersions sur le terrain. Sa pratique allie l'écoute des mémoires orales à l'étude des plantes et de leurs usages symboliques, pour tisser des récits sensibles qui rendent hommage aux savoirs vivants. Elle partage ses découvertes à travers des écrits et des rencontres, invitant chacun à porter un regard neuf sur les liens entre nature et culture.

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